L’ACCEPTATION PSYCHOLOGIQUE DE LA PERTE

« La perte n’est pas un ennemi. C’est une alliée »

Aphorisme XXXIII du Tao de la Bourse et du Trading .

Aucun trader ne contestera le fait qu’une petite perte vaut mieux qu’une grosse.

Alors pourquoi fait-on de grosses pertes ? La réponse est simple. C’est parce que l’on ne peut accepter l’idée même de la perte. Accepter l’idée de la perte prouve que l’on a compris les mécanismes du marché d’une part et que l’on a réussit à surmonter la barrière que dresse notre ego à la notion de perte.

Laissons de  coté l’aspect technique et concentrons-nous sur l’aspect psychologique.

Il y a deux aspects à l’aspect psychologique de la perte :

L’aspect psychologique de la perte envisagée a priori et pendant une position.

L’aspect psychologique de la perte une fois celle-ci  réalisée.

L’aspect psychologique de la perte a priori et pendant une position.

Nous n’entrerons pas ici dans les éléments techniques de l’évaluation d’une perte potentielle (supports naturels, prise en compte de la volatilité et notion de perte acceptable. Voir pages 152 à 154 du Tao de la Bourse et du Trading), mais uniquement sur l’aspect psychologique de l’acceptation d’une perte éventuelle.

Supposons que nous prévoyons que si les choses tournent mal, nous réaliserons une perte donnée. Cette « perte donnée » , dire que nous nous interdisons d’aller plus loin. Nous fixerons en conséquences soit un stop-loss (réel ou mental).  Mettre un stop-loss réel prouve déjà que nous acceptons réellement l’éventualité d’une perte et que nous ne sommes pas prêt à aller plus loin. A condition de ne pas l’enlever si les cours vont dans le sens contraire à notre attente.  Le problème se pose quand on ne met pas de stop ou quand on l’enlève.

Quels mécanismes psychologiques sous-tendent le fait que l’on n’accepte pas au fond de soi une perte a priori, alors que l’on est dans un environnement ou tout peut arriver ?

Plusieurs explications sont aussi valables les unes que les autres :

1° D’abord l’espoir déraisonnable, alors que tout indique que la situation va à l’inverse de votre attente.

2°L’état d’aboulie : on n’est plus en mesure de prendre une décision parce que l’on est  fortement surpris et que l’on ne sait plus à quel saint se vouer. Et alors au lieu de raisonner on voit toutes les conséquences possibles de la perte d’argent au lieu de se concentrer sur l’opération. Quand votre esprit est obnubilé par autre chose, vous perdez la souplesse nécessaire. C’est votre ego qui a remplacé votre raisonnement. Sans entrer dans les détails, disons que votre cerveau est sous le contrôle des émotions, plutôt que du raisonnement.

3° La conviction que la bourse est un jeu de hasard et que l’on  peut rien faire. N’oubliez pas que pour le directeur du casino, il s’agit aussi d’un jeu de hasard  mais le directeur du casino et le joueur ne gèrent pas leurs pertes de la même façon. Les marchés financiers se prêtent mieux, par une gestion appropriée du risque, à la gestion du hasard par un individu.

4° La théorie psychologique de l’engagement : même si on a pris tout son temps pour réfléchir, une fois l’acte accompli, on ne souhaite pas le remettre en cause. Nous essayons de le justifier. L’acte effectué  nous rationalisons notre comportement. C’est exactement la même chose quand on a réussit à vous vendre un objet inutile. Vous vous rendez compte de son inutilité, mais vous aller essayer (surtout devant les autres) de justifier votre achat.

Le problème apparaît quand à force de vouloir justifier sa position, on intériorise le raisonnement. On est ainsi profondément convaincu que les choses doivent se passer comme on le voit. Les psychologues disent que l’individu réorganise son univers cognitif autour de leur conduite. L’esprit se fossilise, devient rigide et bien peu de choses peuvent le changer.

Le trader pense souvent que le monde entier va le juger. Son courtier, ses amis, son conjoint etc. et essaye de justifier son point de vue. Se justifier est déjà perdre le contrôle des événements. Moquez vous de l’opinion des gens. Que celui qui n’a pas ramassé une gamelle à la bourse, nous jette la première pierre.  En 35 ans d’activité, j’en ai ramassé pas mal. C’est ce qui m’a mené à réfléchir sur la façon d’en prendre des petites plutôt que des grosses.   

C’est pour toutes ces raisons que je vous recommande vivement d’écrire les raisons qui vous ont fait prendre une position. Vous aurez moins de mal par la suite à vous dire : « les éléments sur lesquels j’ai pris cette position n’existent plus ou ont changés, reconsidérons la position. » Et si votre esprit est trop rigide, utilisez par exemple les techniques de PNL (programmation neurolinguistique) pour l’assouplir et le faire changer de cap.

Certes, il faut un minimum de lucidité et de courage pour faire cela, mais vous pourrez alors vous dire que les marchés financiers sont volatiles et que changer d’opinion est la marque du trader efficace.

Imaginez vous en train de régater. Le vent change. Allez vous garder la même allure et la même route ? Forcement non. Vous allez en choisir une autre. Quitte à perdre du temps, pourvu que vous gardiez les yeux fixés sur votre objectif. Vous n’arriverez peut être pas le premier, mais en tout les cas vous serez mieux classé que celui qui a voulu conserver sa route.

Bien sûr, vous aller y laisser des plumes. Mais pensez que votre perte est un investissement.

Dans une entreprise, quand vous investissez, vous commencer par perdre de l’argent. C’est ensuite que les ventes commencent et les profits arrivent. Quelquefois vous vous êtes carrément trompé et vous perdez de l’argent. C’est la même chose à la bourse, certains investissements rendent, d’autres non.  Seulement comme tout bon chef d’entreprise, il ne faut pas que votre prise de risque vous mette sur la paille donc il faut savoir perdre un peu et sortir d’une situation difficile  pour ne pas perdre beaucoup.

L’aspect psychologique de la perte réalisée.

Quand on pris une grosse gamelle on est d’abord abasourdi, puis on se révolte, ensuite on se reproche son imbécillité, et ensuite….

Cela dépend comment on gère en général son émotivité : si on a un esprit positif, on va réagir. On va étudier les raisons de la catastrophe. Généralement on se dira que l’on n’est pas au point techniquement ou qu’il nous manque un système de trading efficace. On cherchera d’autres outils on travaillera encore plus les techniques de l’analyse technique, graphique etc.

On réexaminera son risk management et ainsi de suite.

Si on a un esprit négatif  on va se faire des reproches continus, on va se traiter d’imbécile, à la limite on laissera tout en plan.  Parfois la perte va engendrer une irritabilité qui se répercutera sur la vie familiale, professionnelle.

Que faire ?

Pour les traders de la première espèce qui sont prêt à continuer le combat, il leur faut d’abord s’interroger sur les erreurs commises. Voir si elles proviennent de fautes techniques ou non.

Est ce que vos objectifs sont raisonnables ou vous obligent t’ils à prendre des risques inconsidérés ?

Dans tous les cas, il est nécessaire d’analyser au  plan émotionnel ce qui s’est passé. Le carnet de bord, tel qu’il est décrit sans le Livre est un outil précieux pour cela. Si  la situation s’est déjà répétée, il n’y a pratiquement aucun doute sur le fait que les émotions ne sont pas gérées correctement. 

Ce qui peut vous mettre sur la piste c’est la façon dont vous gérez vos émotions dans d’autres domaines que le trading. Par exemple, la façon dont vous résolvez vos différents avec votre conjoint ou avec vos collègues de travail vous donnera une idée dont vous maîtrisez vos émotions. Si vous gérer correctement vos émotions dans tous les cas sauf le trading, il est alors probable que vous avez une mauvaise programmation concernant cette activité.  Il faut alors procéder à une remise en cause de cette programmation  à l’aide par exemple de la  PNL ou de tout autre technique.

Pour les traders de la deuxième espèce, la première question à se poser est « est-ce que je souhaite continuer cette activité ? Faire alors la liste de ce qui est gratifiant pour vous dans le trading et des inconvénients qu’il entraîne. Dans tous les cas vous avez un problème de gestion de vos émotions. N’oubliez pas qu’un trader joyeux est souvent un trader efficace. (Nous reviendrons un jour là-dessus.). Peut être que la réflexion que vous porterez sur vous à l’occasion du trading sera une bonne occasion de vous remettre en cause. Ainsi le trading sera une "Voie" au sens chinois ou japonais du terme c'est-à-dire un outil permettant la connaissance profonde de ce que vous êtes.

Andréa BRIGNONE

LE TAO DE LA BOURSE ET DU TRADING
0147665058
0609609129

p1promreal_img_01