Vous êtes- vous demandé pourquoi alors que vous voyez si bien les choses sur un graphique, vous prenez une décision qui est dans le sens contraire de ce que vous avez vu ? Ou alors, vous voyez que le mouvement est bien solide et vous quittez votre position ramassant des miettes alors que vous auriez pu faire un joli bénéfice. Vous me répondrez : j’ai été sous l’emprise de mes émotions, je me suis focalisé sur une période de temps plus courte quand j’ai vu que les prix montaient (ou baissaient) et ainsi de suite.

Certes, ces explications vous disent ce qu’il s’est passé, mais ne vous explique pas pourquoi cela s’est passé.

Il faut rechercher ce pourquoi dans le fonctionnement de votre cerveau ou plutôt de vos cerveaux. Prendre conscience de son fonctionnement neurobiologique vous aide considérablement à modifier votre comportement.

Pour approcher ce fonctionnement nous allons nous mettre dans une situation évoquée couramment par les spécialistes de la neurobiologie.

Imaginez que vous soyez dans une maison de campagne isolée, tout seul en train de lire près d’un bon feu de bois, une soirée d’hiver. Tout est calme, seul le crépitement des bûches vous distrait momentanément de votre lecture.  Et soudain, un craquement inconnu parvient à vos oreilles. Brusquement vos sens se mettent en alerte, votre cœur se met à battre plus vite, les craquements continuent. Vous vous posez des questions. Vous essayez de comprendre. Et alors, il peut se passer deux choses : soit vous reconnaissez l’origine des craquements, vous vous calmez et reprenez votre lecture tranquillement, ou bien vous ne reconnaissez pas l’origine des craquements, et un sentiment de panique vous submerge, alors, vous essayer de fuir ou de chercher quelque chose pour vous protéger, votre pouls s’accélère, cette fois vous vous vous levez. Plus rien ne compte que ces craquements et vous imaginez toutes les menaces qui sont cachées derrière ce bruit. Vous pouvez être amené à faire des choses complètement idiotes comme, par exemple, vous mettre à courir dans la maison, vous précipiter dans une pièce et la fermer à clef etc.… tout cela sans voir de menace réelle.

Que s’est-il passé en vous ?

En réalité vous disposez de deux cerveaux (que les spécialistes me pardonnent mes simplifications, je cherche à expliquer un fonctionnement et non à décrire un mécanisme très complexe). Le premier est appelé  le cerveau ancien, il s’agit de l’amygdale. L’amygdale est une vraie centrale qui reçoit les signaux à travers le thalamus en particulier et qui va essayer de mobiliser le corps en vue de deux actions possibles : fuir ou combattre.

Pour ce faire elle va émettre toute une série de neurotransmetteurs sous forme de produits chimiques qui vont mobiliser l’ensemble des organes du corps. Parallèlement le thalamus va envoyer un signal au cerveau plus récent, les lobes frontaux (néocortex) qui, eux, vont essayer  d’analyser  ce qui se passe. Si les lobes frontaux réussissent à faire correctement leur analyse, il vont endiguer le flux de neurotransmetteurs de l’amygdale et prendre le contrôle de la situation. Si ce n’est pas le cas, c’est l’amygdale qui va noyer les lobes frontaux  de ses substances et prendre le contrôle du neo-cortex : la panique est là. On ne voit, ni analyse plus rien. On agit par réflexes.  Bons réflexes si on a le bon programme ou mauvais réflexes si on a le mauvais programme.

On dispose finalement de deux cerveaux : le premier- l’amygdale, qui vient de nos anciens ancêtre animaux, est ultra rapide mais peu doté de capacité d’analyse. Il a en quelque sorte une bande passante étroite, il réagit en fonction de programmes stockés : les engrammes.

L’autre cerveau, plus récent, dispose de puissantes capacités d’analyse, mais il est beaucoup plus lent. Par contre, il dispose d’une large bande passante. Lorsque la situation le requiers c’est le cerveau rapide qui va intervenir dans un objectif de survie. Mais s’il est mal programmé, cet acte de survie immédiate peut être contre-productif. De plus, le temps que le corps résorbe les substances chimiques qui ont mis les organes en alerte, vos lobes frontaux seront obscurcis.

Que se passe- t-il chez le trader ?

Quand le trader est dans un  état de calme, il analyse les situations en utilisant la raison.

Ses peurs n’interfèrent pas (il a ce que l’on appelle le cerveau vide), il se consacre à sa tâche, et il le fait de façon utile et rationnelle.

Si, brusquement, la peur s’empare de lui à la suite d’un mouvement de cours, c’est l’amygdale qui va prendre le contrôle, et il va faire des bêtises. Il ne verra plus la situation telle qu’elle est, il ne verra même plus ce que lui disent les graphiques et les prix. Il agira sous l’emprise de ses émotions. Ses lobes frontaux, noyés sous le flux des neurotransmetteurs jusqu’à ce qu’il parvienne au calme en ayant eu besoin d’agir et donc, généralement, de prendre une mauvaise décision.

Un exemple simple peut être donné : vous avez établi une stratégie sur un graphique de 30 minutes et vos yeux sont fixés sur un graphique d’une période de 5 minutes. Brusquement, les prix à 5 minutes décrochent dans le sens opposé à la stratégie que vous avez déterminée à 30 minutes. Sous l’excitation, vous prenez la position sur le graphique de 5 minutes à contre tendance de celui de 30 minutes. Et, naturellement, le mouvement s’inverse dès que vous avez pris position. Votre amygdale a dominé vos lobes frontaux. Il faut souhaiter que votre amygdale vous donne tout de suite l’alerte pour sortir de votre position. Mais c’est rarement le cas, parce que vous êtes obnubilé par la première réaction. Et il faudra du temps pour que vos cerveaux retrouvent le calme et les facultés d’analyse.

Que faire ?

Ici nous ne faisons que reprendre ce que nous avons dit par ailleurs.

Il faut agir sur les deux cerveaux.

Reprogrammer les réflexes de l’amygdale : pour cela des techniques comme la PNL (programmation neurolinguistique) ou, à la limite, la méthode Coué  sont les bienvenues.

Maîtriser le fonctionnement anarchique de l’amygdale : ici rentrent en jeu des techniques plus ou moins complexes : d’abord détecter chez soi la montée des émotions et essayer d’arrêter immédiatement  le processus. Pour y réussir, il est souvent nécessaire de pratiquer des techniques mentales et des postures physiques (j’en ai indiqué certaines pendant ma conférence sur la juste attitude lors du salon de Trading de Novembre 2005)  qui permettent  d’endiguer l’émission de neurotransmetteurs par l’amygdale.

Finalement, n’oubliez pas que vous devez vous sentir en bonne forme pour faire du trading. Si vous êtes fatigué ou si vous avez l’esprit embrumé, l’amygdale aura plus de facilité pour prendre le contrôle de votre esprit.