Réponses à une question d’un lecteur.

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« .. Peut-on dire que ces outils qui aboutissent à une anticipation du marché, deviennent plus que relatifs dans les périodes de grandes incertitudes donc de grande volatilité ? On a pu l'observer ces dernières semaines ou toute analyse qui nous été présentée, que ce soit sur les sites professionnels aussi bien que particuliers se sont trouvés quasiment en défaut et invalidés en quelques heures ou quelques jours. bien à vous. »

Votre question recèle en réalité de multiples questions. Nous allons essayer de les  poser et d’y apporter des éléments de réponse dont certaines méritent débats.

1° L’analyse technique permet- elle d’anticiper des mouvements de marché importants et à forte volatilité ?

L’analyse technique n’est pas contrairement à ce que pense beaucoup de gens un outils de prévision, elle est un outil d’évaluation d’une situation. Et comme tout outil d’évaluation, elle permet de détecter dans une situation des éléments qui sont le ferment de mouvement. Cependant l’analyse technique n’est pas suffisante (sinon les systèmes de trading automatisés auraient déjà tué le marché). Il est nécessaire d’y ajouter l’art de l’analyste qui va à partir de son observation évaluer les probabilités d’un retournement ou d’une continuation. A partir de cette situation en devenir, il va estimer les probabilités que le marché va aller dans un sens plutôt que dans un autre (ce qui implique la probabilité de se tromper, même en absence d’événements nouveaux et majeurs). Il  prendra donc son pari en ayant en tête la possibilité de s’être trompé et de le reconnaître (abandon de la position). L’analyste est comme un piéton à un feu rouge. Il donne une forte probabilité au fait que les automobilistes s’arrêteront au feu rouge. Mais rien n’exclu la probabilité d’un automobiliste qui pour des raisons diverses et variées ne s’arrêtera pas. Il ne lui est donc pas possible de traverser le passage piétonnier les yeux fermés. Il doit continuer à évaluer la situation pour savoir si elle va dans son sens.

En un mot le marché pour un trader n’est pas un phénomène continu mais une succession de situations qu’il évalue en permanence.

Voyons ce que pouvait nous dire l’analyse technique avant le retournement de marché du 11 Mai 2006.

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Prenons le graphique hebdomadaire du CAC.

Un certain nombre de signes avant-coureurs apparaissent :

Sur les prix apparition d’un doji semaine 13 soit la semaine du   27 mars  au 31 Mars

Le DMI indique un affaiblissement de la force acheteuse du marché à partir de la semaine 12 soit  la semaine du 20 au 25 Mars.

Le MACD perd de sa force la semaine 14.

Le RSI donne des signes de divergences : il ne monte plus alors que les cours continuent à monter. Ainsi que le CCI.

Quelles conclusions tirer de cela ? Les signes d’essoufflement sont donnés prés de deux mois avant l’effondrement. L’analyse technique a joué son rôle. Celui qui savait interpréter les signes était pour le moins prévenu.

2° Pourquoi alors que les signes étaient présents, un certain nombre de commentateurs continuaient à prédire que le CAC irait à 6000 ?

C’est ici qu’intervient la psychologie. Les professionnels comme les particuliers se laissent intoxiquer par l’environnement et surtout par eux-mêmes.

Examinons la situation actuelle qui est l’inverse de la précédente. Qu’est ce qui a changé depuis un mois ? Nous sommes en guerre atomique avec l’Iran ? Les sociétés du CAC40, du Nasdaq et du Dow ont brusquement arrêté de faire des affaires ? Le pétrole va manquer encore plus vite alors que il y a plus de pétrole que de demande sur le marché physique ?

La bulle de la crise immobilière a-t-elle éclaté ?

Certes, les taux d’intérêt ont un peu monté, mais cela était prévu depuis au moins six mois.

Certes, la balance commerciale américaine est en  perte comme d’habitude, mais avec un certain freinage. Certes, il y a un peu plus d’inflation aux Etats-Unis (quoique que les statistiques américaines soient toujours approximatives).

Non, il s’agit simplement d’attitude psychologique qui est centrée essentiellement sur ce que pense ou fait Ben Bernanke, nouvel épouvantail des marchés. Le marché est moutonnier, les commentateurs sont moutonniers, et les opérateurs sont dans leur bulle au lieu de regarder les signes. On peut bien sûr se dire que les arbres ne montent pas au ciel et qu’il était nécessaire qu’une correction s’opère. Certains supports importants ont été atteints aujourd’hui (13/06/2006). Cependant on ne dispose pas suffisamment d’informations actuellement pour se dire que la folie des foules a atteint son palier. Les jours suivants seront importants pour se faire une opinion. Gageons que quand tous les commentateurs parleront du crack, cela serait le signe de la reprise. (Aphorisme du livre Le Tao de la Bourse et du Trading : Si tu entends le coq chanter, c’est que le soleil est déjà levé).

Pour que l’analyse technique puisse être utile, il faut savoir attendre que les signes se confirment ou s’invalident. Attendre juste ce qu’il faut avant de faire son pronostic est la juste attitude du trader. Par juste ce qu’il faut, cela veut dire qu’il faut le pronostic se fasse avant que la foule ne s’aperçoivent de ce qui est en train de se passer. C’est aussi le meilleur moment psychologique pour le trader qui lui permettra de prendre position avec une probabilité maximale que le marché aille dans son sens et donc ne l’entraîne pas dans des états émotionnels anormaux. C’est que je nomme rendre visible l’invisible. 

3° Comment réagir ?

Dans des situations telles que nous les connaissons maintenant, il est nécessaire de prendre de la hauteur. Cela veut dire soigneusement analyser ce qui se passe sur des horizons plus longs (semaine, mois). Ne pas hésiter à rechercher  des confirmations (Fibonnacci, Bollinger, indicateur divers, figures etc.). Et surtout prendre son temps pour se faire une opinion par soi-même et non par la

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ture des commentateurs et gourous divers et variés. Et finalement adopter une discipline de fer. Si les prix ne vont pas là ou vous pensez après mûre réflexion qu’ils doivent aller, attendre pour prendre position. Un trader indépendant n’a pas la pression du trader d’une salle de marché. Il doit apprendre à attendre. Mais aussi apprendre à vite sortir si le marché ne va pas dans son sens et que son risk management lui indique qu’il est arrivé à son niveau de risque accepté.

Conclusion : Les outils d’analyse permettent d’évaluer une situation mais uniquement pour celui qui les utilise et analyse leurs éléments sans à priori et sans parti pris. Ils ne sont que les reflets d’une situation qui permet d’estimer que les probabilités pour une action ou une autre sont en votre faveur. Mais il s’agit de probabilités (comme tout dans l’univers) et non de certitudes. Seule une réactivité continue permet de transformer un mouvement en opportunité et à condition de détecter sa potentialité avant les autres.