Pour ceux qui ont assisté à mes conférences, la réaction de Zidane trouve facilement son explication. Grossièrement et sans rentrer dans les détails, l’amygdale (élément du cerveau ancien) recevant une impulsion extérieure inquiétante, soudaine ou inconnue va émettre toute une série de neurotransmetteurs (catécholamine) destinés  à assurer la survie de l’individu (se sauver ou attaquer) et excitera les capsules corticosurrénales afin de tonifier l’organisme.  La catécholamine noie le néo cortex (cerveau récent) et empêche tout raisonnement. Dans un cas de survie, l’action de l’amygdale permet une action très rapide mais sans réflexion mobilisant  ainsi  l’ensemble du corps. Le stimulus n’a pas besoin d’être réel. La plupart du temps, il s’agit de symboles : atteinte à  sa dignité, à son importance etc. Le résultat de cette action peut être positif ou négatif pour l’individu et dépend souvent des circonstances extérieures.

Dans cet état l’individu est décentré, ne se réfère plus aux schémas de responsabilité ou de d’objectifs à moyen terme. Généralement cet état est le résultat de tensions successives et l’une d’entre elle fait déborder le vase.

Pour qu’une action du cerveau limbique soit efficace (c’est-à-dire, conforme aux intérêts de la personne), il faut qu’elle repose sur une programmation raisonnée du cerveau. Programmation qui est effectuée par le néo cortex qui va enfouir un schéma d’action dans le subconscient (par la PNL par exemple ou simplement par l’entraînement). Schéma qui va servir de guide, lorsque  le cerveau devra agir. C’est ce que résume l’adage «  penser comme un homme et agir comme une bête ». Selon leur tempérament les gens sont plus ou moins réfléchis. Mais cela n’est pas une fatalité. On peut par des méthodes appropriées, se reprogrammer et agir selon ses intérêts bien compris plutôt que sur des impulsions.

Ces phénomènes ont été décrits et analysés par Joseph Ledoux et Dolf Zilmann.

Le trader est souvent soumis à ce que j’appelle ici le Syndrome Zidane( à cause de l’air du temps) et que les américains appellent l’auto sabotage du trader. Ce dernier a beau avoir déterminé une stratégie et connaître ses objectifs, il va agir selon ses impulsions contre ses propres intérêts.

Un exemple typique que nous connaissons tous peut être donné ici : nous avons bien défini une tendance, par exemple baissière. Nous avons décidé d’attendre d’être sur une résistance pour effectuer une vente à découvert. Brusquement, le marché s’emballe à la hausse, nous ne voulons pas rater le train, nous nous disons après tout que nous nous sommes trompé et nous achetons au plus haut. Peu de temps après le marché s’écroule.

Quel coup de folie nous a pris pour jouer contre nos intérêts et notre vision ?

La stimulation provoquée par la hausse du marché nous a fait oublier toute prudence, l’amygdale a pris le contrôle de notre néo cortex (fuir ou combattre). Le seul problème est que nous nous sommes nous-mêmes fabriqués cette urgence qui nous a mis dans une situation difficile.   

Le bon trader est celui qui a mis ses émotions à son service.

C'est-à-dire qu’il aura appris :

-à établir sa stratégie au moment où son cerveau est au calme,

-à intérioriser sa stratégie pour qu’elle fasse partie de lui-même. En particulier il faut qu’il accepte l’éventualité d’une perte potentielle qu’il aura déterminé.

Que d’autre part :

-il aura parfaitement pu déterminer les signes avant coureurs de la prise de contrôle de son néo cortex par l’amygdale et réussir à dominer ses pulsions,

-il saura sentir la cohérence entre son action et sa pensée (stratégie). C'est-à-dire qu’il restera centré sur ses objectifs et non emporté par la situation du moment.

Pratiquement que faut’il faire ?

Il faut à la fois mettre en place des gardes fou, s’entraîner, et rester en permanence vigilant.

Mettre en place des gardes fou !

  Le résultat de l’analyse doit être porté par écrit. Le pilot chart (voir le Tao de la Bourse et du Trading), est le garde fou le meilleur. Il permet de garder devant soi la tendance, les supports et résistances, la stratégie définie de façon raisonnable, les points d’entrée et de sortie ect.

Se connaître et s’entraîner !

Il faut apprendre à détecter les moments où le cerveau s’emballe. En déterminer les signes avant coureur. N’hésitez pas à constituer un tableau de bord (voir ici encore le livre le Tao de la Bourse et du Trading) qui retrace toutes vos émotions, vos états d’âme et le déroulement de vos opérations.

Entraînez vous à sentir les moments d’excitation et à les dominer. Pour les dominer, utilisez des techniques de relaxation simple. Par exemple, ce que j’appelle dans mes conférences la technique du « petit soleil » Quand vous sentez l’excitation monter, fermez les yeux et faites tourner mentalement autour de votre tête une petite boule ou un petit soleil. Faites- le jusqu’à vous sentir décontracté. Respirez profondément avec le ventre pendant cet exercice.

Si cela vous paraît trop compliqué, levez simplement les yeux vers le ciel et respirez profondément.

Utilisez systématiquement cet exercice avant de prendre la décision d’entrer sur le marché.

Rester vigilant !

Dés que vous sentez que votre cœur s’emballe ou qu’une tension naît en vous parce que les cours montent ou descendent, mettez vous en état d’alerte. Rappelez vous cette phrase de Warren Buffet : « J’ai raté l’affaire de ma vie, au moins une fois par semaine ».

Conclusions :

La juste prise de position est celle que vous avez défini quand vous étiez au calme et que votre cerveau fonctionnait sans contrainte. La première règle de discipline du trader consiste à agir dans le même état que quand il a fait ses choix.

ANDREA BRIGNONE