Il vous est certainement arrivé d’aller à un rendez vous en vous disant « je vais prendre l’autobus, ce sera moins cher que le taxi ». Vous attendez 20 minutes. Toujours pas d’autobus. Des taxis sont présents à une station proche. Vous vous dites « J’ai déjà attendu 20 minutes, le bus va arriver, inutile de prendre un taxi ! ». 45 minutes plus tard toujours pas de bus et plus de taxis. Vous en êtes réduit à courir comme un fou à la prochaine station de taxi, en espérant finalement en trouvez un. Point de taxi dans l’immédiat et vous arrivez très en retard à votre rendez-vous. Que s’est il passé ?   Vous avez été victime de ce que les psychologues appellent la « notion de dépense gâchée » qui génère le « piège abscons ».

Analysons rapidement la situation. Vous vous êtes dit : « J’ai déjà perdu une demi heure (dépense gâchée), je vais bénéficier de cet investissement », en réalité pour le moment vous n’en bénéficiez pas et au contraire vous vous enferrez. Vous vous dites aussi « Chaque minute qui passe augmente la probabilité de passage de mon autobus ». En réalité il n’en est rien, car vous n’avez aucune idée de ce qu’il se passe (piège abscons).   

Pourquoi agissez vous comme cela ou plutôt pourquoi tout le monde a naturellement tendance à agir comme  cela ? Parce que nous avons besoin au-dedans de nous d’affirmer notre rationalité. A nos yeux la première décision est rationnelle, nous nous sentons donc liée par elle. C’est ce que les psychologues appellent la théorie de l’engagement et qui permet d’expliquer comment de nombreuses personnes ont continué dans leur erreur. Cela a particulièrement été étudié pour expliquer pourquoi des personnes continuaient à adhérer à des sectes alors qu’ils voyaient manifestement qu’ils étaient grugés sur tous les plans. 

Comment se laisse t’on prendre à pareils pièges. Pour une raison simple : on n’a pas fixé de limite à ses engagements. Limites qui agiront comme un réveil matin en donnant l’alerte que la dose est dépassée. 

Tout cet exposé vous rappelle certainement quelque chose ! Bien sûr ! L’opérateur boursier est victime de « dépenses gâchées » et de « pièges abscons ». Il est victime d’une auto manipulation que les américains appellent l’auto sabotage.

Par nos automatismes nous sommes tous capables de nous intoxiquer. Par l’espoir mal placé nous sommes capables de nous intoxiquer. Par le fait que nous sommes peu conscients des véritables objectifs de notre comportement nous sommes capables de nous intoxiquer. Nous n’avons besoin de personnes. Ainsi quand on me dit « j’ai été victime des manipulation des mains fortes du marché », je réponds « Non, vous avez été victime de vous- même » !

L’opérateur boursier qui se laisse prendre au piège est d’abord victime qu fait qu’il n’a pas établi de ligne de conduite précise et qu’il s’est ensuite monté la tête : il a été victime de ses émotions car ne disposant pas de garde fou, il est obligé d’espérer en la Providence. Seulement la Fortune sourit rarement aux imprévoyants. Rappelez vous le vieil adage : « Il n’y a pas de vents favorables pour celui qui ne sait pas où est son port ». Et j’ajouterai que celui qui ne sait pas où il va ne peut être audacieux, il devient forcement pusillanime.

Andréa Brignone