Quelle que soit la vraie explication de la perte de la Société Générale, une question sous-jacente est apparue : comment devient-on un trader fou ? Cette question qui semble ne toucher que des traders professionnels qui opèrent sur  des sommes énormes, est en réalité une question qui touche l’ensemble des opérateurs et qui peut s’exprimer de la façon suivante :

Comment se fait t-il qu’à un certain moment le trader s’affranchit des règles de prudence (en l’occurrence du money management) pour s’enferrer dans une situation impossible ?

Les spécialistes américains appellent cela l’auto sabotage du trader et le mot le plus adéquat semblerait être l’auto manipulation.

Il existe en psychologie sociale une réponse possible à ce phénomène : la théorie de l’engagement.

Prenons un exemple désormais classique et dont j'ai parlé précedemment. Supposons que vous deviez aller quelque part. Vous avez le choix entre prendre un taxi et prendre l’autobus. L’autobus est moins cher et vous décidez donc de l’attendre. Vous ne prenez donc pas les taxis qui attendent sagement. Le temps passe, les taxis s’en vont  l’un après l’autre. Vous continuez à attendre car vous avez déjà perdu un quart d’heure. Vous avez déjà tout à fait librement investi du temps. Au bout d’une demi heure il n’y a plus de taxi et toujours pas d’autobus et la pluie commence à tomber. Finalement vous rentrez à pied sous la pluie. Que s’est t’il passé ?

Les psychologues appellent cela le « piège abscons » et la « dépense gâchée ».

La personne qui a effectué une dépense librement veut continuer à être cohérente avec elle-même va s’enferrer dans sa décision en se disant « cela n’est pas possible que cela continue. Les choses vont changer ». L’esprit humain refuse l’aléatoire surtout quand celui-ci  joue contre lui.

Le trader est dans la même position. Quand les pertes dépassent un certain montant, l’esprit humain devient incrédule. Il pense que la situation va se retourner  et que dés qu’il sortira, le marché se retournera. Il ne quitte pas la position. Il n’est plus un opérateur conscient de ce qu’il fait. Il devient un joueur au casino, pensant que un coup de plus lui permettra de se refaire. Il s’enferre. Il n’agit plus, il espère. Paralysé par le trou qui ne cesse de grandir. Au lieu de compter sur lui-même, il va compter sur le hasard. A Wall Street on a l’habitude de dire que en cas de marché défavorable, le trader conscient quitte sa position et le trader inconscient se met à prier. Cette dernière image est prégnante. Elle montre bien la différence de réaction entre celui qui a encore les manettes en mains et celui qui se confie au hasard pour résoudre son problème.

La discipline reste le maître mot en matière de trading. Le trader doit se reposer sur les quatre maîtrises pour se sortir d’une situation difficile : la maîtrise des signes pour comprendre ce qui se passe sur le marché, la maîtrise du marché pour comprendre les réactions du marché, la maîtrise du jeu pour garder en tête les objectifs et les risques et finalement la maîtrise de soi même pour garder la tête froide et garder intactes ses capacités de réactions.

Il faut toujours avoir en tête l’aphorisme de Benjamin Disraeli qui devrait être la maxime des traders « Les circonstances sont en dehors de l’homme mais son comportement lui appartient. »

Andréa Brignone

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