Le trou d’air de la semaine dernière, après l’attentat de Londres m’a valu un certain nombre de coups de téléphone et de mails de traders ayant pris la mauvaise décision au mauvais moment. Achats juste avant la catastrophe, ventes au plus bas au lieu de sortir immédiatement, et incapacité à se remettre dans le jeu quand le marché remontait.

On me dira : on ne pouvait prévoir la catastrophe ! Et pourtant….

Le matin du 7 juillet, le CAC a ouvert avec un gap à la baisse. Les signaux horaires étaient à la baisse.

Cependant, l’observation des signaux jour et hebdomadaire montraient que la hausse n’était pas compromise. Fallait-il sortir ? Oui ! Cet élément permettait au joueur intraday ou autre de se mettre en attente pour que le marché après une baisse reprenne le sens de la tendance. Et aussi d’éviter de paniquer (pour les joueurs autre qu’intraday). Et pourtant bien des acteurs ont perdu de l’argent en vendant par désespoir au pire moment, faute de maîtriser leurs émotions. Cette maîtrise leur aurait permis de voir les bons signes au bon moment.

La plupart des intervenants sur les marchés financiers pensent que l’efficacité (c'est-à-dire le fait de gagner de l’argent) consiste uniquement à savoir lire les signes (analyse fondamentale, analyse technique ou graphique).

En réalité l’expérience de tous ceux qui gagnent à la Bourse montre que si cette connaissance est nécessaire elle n’est pas suffisante. Il est nécessaire que le joueur sache se mettre en adéquation avec le marché. C’est ici que les choses deviennent plus difficiles. Car si le marché n’a pas d’états d’âme, le joueur en a. Et seule le synchronisme entre le joueur et le marché permet l’efficacité.

Le joueur est en permanence ballotté entre la peur et la cupidité. Mais la cupidité est aussi une peur : c’est la peur de rater l’événement. En réalité le joueur est pratiquement toujours dominé par la peur. Peur de perdre lorsqu’il prend une position. Peur lorsqu’il doit tenir une position.

Bien sûr l’utilisation d’un système de trading bien rôdé peut l’aider à circonvenir cette peur, dans la mesure où le trader est très discipliné (application systématique du système de trading sans états d’âme).

Que faut-il faire pour que la peur ne vous empêche pas d’être efficace ?

Confucius considérait que l’acte moral par excellence était la recherche de l’efficacité harmonieuse entre l’action individuelle, la situation où elle s’applique et le moment où elle s’insère.

On retrouve ainsi trois des maîtrises décrites dans le Tao de la Bourse et du Trading : efficacité harmonieuse entre l’action individuelle (maîtrise du joueur), la situation où elle s’applique (maîtrise des signes) et le moment où elle s’insère (maîtrise du marché).

A cela nous ajoutons la compréhension du risque (maîtrise du jeu).

Ainsi tout trader ou boursier qui n’est pas satisfait de son jeu va devoir se poser les questions nécessaires sur les quatre maîtrises. C’est de l’analyse de ces quatre maîtrises qui permettra de circonvenir la peur.

Le boursier ou le trader qui n’obtient pas de résultat essaye souvent de résoudre le problème en n’abordant qu’une seule facette du problème. La plupart du temps, il considère que ses connaissances techniques sont insuffisantes. Il se met alors à étudier et à utiliser de plus en plus d’indicateurs. Le résultat en est souvent l’aboulie. C’est à dire l’incapacité de prendre des décisions.

D’autres pensent qu’ils ont un mauvais money management et ils portent tous leurs efforts dans ce domaine en négligeant le reste.

D’autres enfin se tournent vers les techniques psychologiques pour essayer de dépasser leurs peurs sans faire des efforts dans les autres domaines.

En réalité le succès repose sur les quatre piliers décrits ci-dessus.

En effet,

Celui qui ne sait pas ce qu’il veut et ce qu’il peut risquer, ne fait que jouer au casino.

Celui qui ne connaît que la technique reste paralysé devant l’action.

Celui qui essaye de dominer son comportement sans connaître les autres domaines sera au mieux un petit joueur.

Celui qui ne sait pas prendre ses risques et ne comprend pas la dynamique du marché entrera et sortira à contretemps.

Pour apprivoiser sa peur et devenir efficace, il faut avancer parallèlement dans les quatre domaines.

La méthode consiste donc à connaître des atouts et ses déficiences dans ces quatre domaines.

C’est pour cela qu’il est indispensable de tenir un livre de bord de chacune de ses opérations : échecs et succès. De reprendre dans ce livre de bord les raisons qui ont abouties au succès ou à l’échec.

Raisons techniques, psychologiques, de marché et de timing. L’opération est certes fastidieuse mais c’est la seule façon de disposer de la matière première pour pouvoir effectuer un questionnement sur son comportement et de détecter ainsi ses fautes (qui sont souvent les mêmes).

Quand on dispose suffisamment d’informations, il est possible de comparer son comportement à ce qu’il aurait dû être (cela est d’autant plus facile que l’histoire s’est déroulée). Pour s’aider dans cette opération de questionnement, les aphorismes de la première partie du Tao de la Bourse et du Trading sont d’une aide précieuse. A l’aide de ces aphorismes il est possible de porter un éclairage sur les points essentiels et d’établir de nouvelles règles de comportement.

L’essai de ces nouvelles règles doit être de nouveau consigné dans le livre de bord et comparé avec le résultat. Si le résultat n’est pas immédiat, il faudra procéder à un nouveau questionnement et à un ajustement des règles.

En quelques mots, dépasser sa peur consiste à pouvoir se reposer sur des éléments solides :

1° Est-ce que les signes du marché me parlent ? Si ce n’est pas le cas, il faut améliorer sa connaissance de l’analyse technique. Pour cela il n’y a qu’une solution : continuer à travailler.

2° Est-ce que je suis synchrone avec la danse du marché ? Si ce n’est pas le cas, c’est que mon système de trading ne me convient pas ou n’est pas le bon. J’utilise peut être trop de signaux ou des signaux non appropriés. Peut-être aussi que ma période de travail ne correspond pas psychologiquement à mon fonctionnement interne ou mon emploi du temps.

Comme par exemple faire de l’intraday quand on n’a pas le temps ou quand le fonctionnement psychologique exige une longue réflexion.

3° Est-ce que j’ai en tête la protection de mon capital ? Ai-je correctement évalué mon risque ? L’ai-je accepté ? Est-il synchrone avec ma période de temps de travail ? Correspond t-il à des sorties « naturelles » du marché ? Suis-je sorti là où je devais sortir ?

4° Entre mon jugement de la situation et mon action, y a-t-il eu divergence ? Ai-je pris le marché dans le sens où j’avais estimé qu’il devait aller ? N’ais je pas été saisi d’aboulie (c'est-à-dire paralysé) alors que j’aurais du agir pour être synchrone avec mes estimations ?

Ai-je été pris de panique alors que le marché n’allait pas dans mon sens et ai-je oublié tous mes repères ? Ce qui m’a conduit à prendre la mauvaise décision, alors que j’aurais pu agir en conformité avec mes évaluations.

Il est ici nécessaire de ne pas laisser ses émotions obscurcir l’esprit et la vue. Pour cela une attitude physique correcte est indispensable.

Bloquez votre peur  et éclaircissez votre esprit!

Utilisez pour cela les exercices suivants :

Concentrez vous sur votre respiration. Respirez lentement avec le ventre, plusieurs fois de suite surtout sans regarder l’écran. Visualisez le flux d’air qui entre et sors de vous. Arrêtez vous quand vous sentirez plus calme.

Si cela ne suffit pas et que la peur vous tord le ventre et commence son ballet d’affolement : « je vais perdre une fortune, qu’est ce que je vais faire, que vais-je devenir et ainsi de suite ». Il faut recourir aux techniques des unités de combat : Eloignez-vous de votre écran. Mettez-vous contre un mur, debout, tête droite, et respirez violemment par la bouche et avec le ventre en haletant. Appuyez sur votre ventre pour faire sortir l’air au maximum. Laissez votre regard se promener partout (sauf sur l’écran) pour prendre conscience du reste du monde. Et ceci jusqu’au moment où vous serez calmé. Retournez alors vers votre écran et analysez la situation en faisant défiler des écrans sur différentes périodes pour voir si la situation demande une prise de décision ou non. Ne recherchez pas ces éléments sur des périodes trop courtes par rapport à votre période d’opération.

Pratiquez ces exercices respiratoires (tout au moins le premier) non seulement quand vous avez peur, mais quand vous devrez prendre la décision de rentrer dans une position.